Quand j'étais adolescente, je lisais pas mal de poésie, avec une préférence notable pour les mots torturés de Baudelaire. Une habitude qui s'est peu à peu raréfiée, au point qu'aujourd'hui, je n'en lis plus du tout. Lorsque le jeune poète Arthur Yasmine m'a parlé de son livre Les Clameurs de la Ronde et de sa vision quelque peu "musclée" de la poésie, ma sensibilité a été touchée au vif. Et j'avoue ne pas avoir été déçue.

Une chose est certaine : on est loin de la rose de Ronsard. Oubliez également les fioritures cul-cul sans queue ni tête, ce qu'on ne peut pas reprocher à la poésie d'Arthur Yasmine, c'est qu'elle est bien vivante. Faite de feu et de glace, violente et crue comme l'est la vie

La vie, c'est justement le terrain de jeu de l'auteur. C'est après une violente rupture amoureuse qu'est né Les Clameurs de la Ronde, long cheminement du poète à travers la douleur ressentie pour l'être aimé. Comme dans un bon thriller, une tension indicible sous-tend l'ouvrage, jusqu'à un drame irréversible.

Loin des alexandrins que notre scolarité nous a fait apprendre par cœur, Les Clameurs de la Ronde se compose de plusieurs formes, du sonnet à la lettre en passant par la correspondance, comme une preuve que la poésie est présente partout, pour peu qu'on la laisse vivre. En écho à son titre, l'ouvrage se lit d'ailleurs en boucle, la fin répondant au début.

Côté plume, Arthur Yasmine revendique une écriture virile, brûlante, parfois violente, à mille lieux des mièvreries qui font (malheureusement) souvent la réputation de la poésie. L'ouvrage se clôture d'ailleurs sur une lettre pamphlétaire aux éditeurs qui entretiennent la mollesse du genre. C'est là l'objectif que s'est fixé Arthur Yasmine : "sortir la Poésie du marasme et lui redonner sa majesté perdue". Mission accomplie.

Les Clameurs de la Ronde d'Arthur Yasmine, Carnet d'Art éditions, 2015, 85 pages
Je ne sais pas pour vous mais, pendant les vacances, j'ai besoin de lectures légères et sans prise de tête, qui plus est après l'une des plus longues pannes de lecture que j'ai traversée depuis plusieurs années. Pour cette reprise, j'ai choisi une valeur sûre que je n'étais pas prête de regretter : Nuit de noces à Ikonos de Sophie Kinsella.

Road trip infernal pour jeunes mariés
Depuis son adolescence, Lottie Graveney ne rêve que d'une chose : se marier. A 34 ans, son petit ami, Richard, s'apprête enfin à lui demander sa main. Enfin ça, c'est ce qu'elle croit. Alors que la soirée s'annonçait parfaite, les choses tournent mal et c'est la rupture. Inutile de se démonter, Lottie accepte un rencart avec Ben, son amour de jeunesse, qui vient justement de reprendre contact. Sur un coup de tête, ils décident de se marier et de partir en voyage de noces à Ikonos, une île grecque paradisiaque où ils se sont rencontrés 15 ans plus tôt. Mais c'est sans compter sur Fliss, la sœur de Lottie, bien décidée à lui faire entendre raison. Pour cela, elle a plus d'un tour dans son sac...

Depuis ses débuts, Sophie Kinsella a habitué ses lecteurs à des romans drôles et légers, alors pourquoi changer une recette qui gagne ? Nuit de noces à Ikonos rassemble tous les ingrédients qui ont fait le succès de la reine de la chick-lit : une intrigue pleine de fraîcheur, des héroïnes gaffeuses mais attachantes et un comique de situation omniprésent. Résultat, ce roman tourne à la course poursuite hilarante où tous les coups sont permis pour empêcher Lottie de consommer son mariage.

Pour donner au lecteur une vue à 360° sur cette situation loufoque, Sophie Kinsella a eu l'intelligence de décupler l'effet humoristique de l'intrigue en alternant le point de vue de Fliss et de Lottie. Mais entre les vacheries, c'est bien l'amitié des deux sœurs qui transparaît. Le tout écrit dans un style spontané, comme si elles nous racontaient leur histoire en direct.

Léger, vif et hilarant, Nuit de noces à Ikonos est le roman idéal pour buller en vacances.

Nuit de noces à Ikonos de Sophie Kinsella, Pocket, 2015, 549 pages

Cela fait presque un mois que je n’ai pas écrit sur le blog. Ce n’est pas par manque de choses à dire (car j’ai bien continué à lire pendant ces trois semaines), mais plutôt par manque de temps et par ce que j’appellerais un léger « passage à vide ».

Pour me faire pardonner, j’ai décidé de vous parler d’un roman qui m’avait été offert à mon anniversaire, que j’ai lu il y a quelques semaines et que j’ai tout simplement dévoré : Mr Mercedes de Stephen King.

Si vous me suivez depuis quelques temps, vous savez que j’ai entrepris, en 2013, de me plonger tête la première dans la gigantesque œuvre littéraire de Stephen King. Et ce, avec un goût et un plaisir qui ne font que se confirmer, livre après livre. En m’offrant Mr Mercedes pour mon anniversaire, mon cher et tendre savait donc qu’il allait toucher en plein dans le mille. Car non seulement, Mr Mercedes est un excellent roman, mais c’est en plus un thriller particulièrement sadique, qui met en scène un bon gros psychopathe des familles totalement allumé (ce qui me plaît particulièrement).

Ce psychopathe, c’est Brady Hartsfield, un jeune homme particulièrement vicieux qui prend son pied en volant une Mercedes, en fonçant avec dans une foule de personnes et en harcelant ensuite la propriétaire de la voiture jusqu’à ce qu’elle se suicide. Jusqu’ici, c’est du Stephen King tout craché.

La nouveauté, c’est ce personnage de Bill Hodges, un policier à la retraite qui hésite la plupart du temps entre vider sa bouteille de whisky ou se faire sauter la cervelle avec son flingue. L’une de ses dernières enquêtes (non aboutie) a justement porté sur les multiples meurtres de Mr Mercedes. Alors, quand il reçoit une lettre du tueur qui souhaiterait le pousser au suicide, Hodges se lance à sa poursuite, avec l’aide du jeune homme qui lui répare son ordinateur et de la sœur de la défunte propriétaire de la Mercedes. Commence alors un jeu du chat et de la souris dont personne ne sortira indemne.

Cruauté, perversité et vice : on est bien dans un roman de Stephen King. J’ai décidément un faible pour les personnages perturbés et si peu conventionnels qu’il met en scène dans chacun de ses romans. Dans Mr Mercedes, pas de fantastique, mais une intrigue carrément jouissive, qui passe du point de vue du tueur à celui de l’enquêteur, bien plus intéressante qu’un roman policier lambda. 

Mr Mercedes m’a beaucoup rappelé Dôme, par sa description sans fards de la réalité américaine des années 2010 : une société en apparence ouverte où le président est noir, mais dans laquelle le racisme, l’homophobie et la misogynie font encore des ravages dans les zones rurales.

Si vous aimez les romans crus, au rythme vif et à l’intrigue teintée d’hémoglobine, je vous recommande vivement Mr Mercedes. Enfin, notez qu’il s’agit du premier tome d’une trilogie centrée sur le personnage de Bill Hodges, dont le second volet, Finders Keepers, est sorti aux Etats-Unis le 2 juin 2015. J’ai hâte de lire cette suite !

Mr Mercedes de Stephen King, Albin Michel, 2015, 473 pages
J'en parle assez régulièrement sur ce blog, je suis une grande amoureuse des chats et je m'intéresse de près, depuis quelques mois, à la relaxation et à toutes les techniques qui gravitent autour (méditation, sophrologie, hypnose...). Alors, quand je suis tombée sur Massages pour chats et pour leurs maîtres, je n'ai pas hésité et je l'ai lu d'une traite : ce livre est fait pour moi.

A l'Académie de Massages de Chaville
Ce petit livre réunit l'amour des chats et les principales techniques de massage. Vous intégrez l'Académie de Massages de Chaville, où le professeur Mykherinos vous apprend les rudiments du massage et de la relaxation

A la fois pédagogique et humoristique, le texte de Claire Gaudin aborde les techniques de massage pour pratiquement tous les endroits du corps, ainsi que les bases de la relaxation et de la pleine conscience. Les illustrations très félines de Christian Gaudin permettent de bien comprendre les différentes techniques expliquées, pour les reproduire ensuite sans difficulté sur les chats comme sur les humains. Succès garanti !

J'aime beaucoup cette démarche ludique qui permet d'apprendre tout en s'amusant. Cette collection de "Guides pour chats" existe depuis vingt ans aux Editions du Relié et aborde, dans une douzaine d'ouvrages, les techniques du bien-être, du Zen au yoga, en passant par le Taï Chi et le Kama Sutra. Notez d'ailleurs que deux titres de cette collection seront publiés chez Pocket au mois d'octobre !

Massages pour chats et pour leurs maîtres de Claire et Christian Gaudin, Pocket, 2015, 89 pages
J'en parle ici tous les ans, le salon international Saint-Maur en Poche est mon salon littéraire préféré. Je l'aime pour sa diversité, sa convivialité et son authenticité.

Cette année, j'ai le plaisir d'être partenaire de la 7ème édition du salon, placé sous le signe du 7ème Art, qui se déroulera les 20 et 21 juin 2015 sur le Parvis de la gare RER Saint-Maur-Créteil. A ce titre, je vous dévoilerai régulièrement en avant-première quelques indiscrétions sur ces deux jours de salon.


Pour cette première révélation, j'ai choisi de vous annoncer la présence de dix auteurs que j'apprécie particulièrement, et que j'ai vraiment hâte de rencontrer sur le salon :

Tonino Benaquista



Anne Perry

Nathalie Hug & Jérôme Camus




Bernard Weber

... et bien d'autres ! 

Pour ceux qui, comme moi, sont de grand amateurs de polars et de thrillers, cette édition s'annonce encore une fois exceptionnelle !

La liste des auteurs présents sera dévoilée petit à petit sur différents blogs. Vous pouvez retrouver toutes les révélations sur la page Facebook du salon.

A très vite pour de nouvelles révélations !
Parmi toutes les intrigues de thrillers, celles qui s'articulent autour d'une mémoire défaillante, libérant peu à peu ses souvenirs, sont parmi mes préférées. La nouvelle que je viens d'achever, Sang blanc de Noémi Krynen, est une bonne surprise et une belle réussite du genre.

Sur les traces du passé
Près de dix ans après y avoir mis les pieds pour la dernière fois, Edouard Chenavier, dentiste à Paris, retourne dans le village de son enfance, à quelques kilomètres de Grenoble, pour y enterrer ses parents tués dans un accident de voiture. A son arrivée, le village est en émoi : depuis quelques jours, une série de meurtres sauvages frappe la région, visant des enfants du pays. Entre les circonstances plus que suspectes de la mort de ses parents et l'enquête de la police, le séjour d'Edouard Chenavier se déroule de manière beaucoup moins tranquille qu'il ne l'avait prévu et le renvoie vers un passé qu'il avait tout fait pour oublier...

En à peine plus de 200 pages, Sang blanc réunit les éléments d'un thriller efficace : une atmosphère méfiante et suspicieuse, une intrigue lourde de mystères et une tension qui monte au fur et à mesure que le dénouement approche. En entrecoupant son récit de flash-back, reconstituant peu à peu le puzzle d'un événement dramatique survenu dix ans plus tôt, Noémi Krynen floute les contours de son intrigue, qui ne se révèle que vers la seconde moitié de la nouvelle. Cependant, j'aurais apprécié un développement plus poussé dans le revirement de l'intrigue, qui opère un virage à 180° à la moitié du récit. A mon sens, la prise de conscience du personnage principal méritait quelques pages en plus.

Malgré ce petit bémol, Sang blanc est un très bon thriller. Construction, suspense et rythme sont parfaitement maîtrisés et mis en valeur par le style vif et recherché de Noémi Krynen. Un récit court mais efficace.

Sang blanc de Noémi Krynen, éditions Taurnada, 2015, 204 pages
S'il y a bien un personnage de polar que j'ai apprécié dès les premiers instants, c'est l'inspecteur Harry Bosch, sorti de l'imagination de Michael Connelly il y a plus de vingt ans. J'ai déjà lu plusieurs de ses aventures et, à chaque fois, je l'apprécie encore un peu plus. Mais la semaine dernière, j'avais envie de retourner aux sources de ce personnage. J'ai donc lu le premier roman de Michael Connelly, dans lequel Harry Bosch fait son apparition pour la première fois : Les égouts de Los Angeles.

L.A. la trouble
Ce que j'aime chez Michael Connelly, ce n'est pas tant son sens de l'intrigue - qu'il a aiguisé, soit dit en passant - que sa manière de représenter Los Angeles comme une ville sale et dangereuse, dont la noirceur des bas fond n'a d'égale que le faste de Hollywood. Sous la plume de Connelly, Los Angeles me fait penser à Saint-Pétersbourg sous celle de Gogol : une ville ténébreuse, habitée par le mal et qui aspire inévitablement l'être humain vers ce qu'elle a de plus mauvais.

Pour en revenir à Harry Bosch, j'ai été agréablement surprise par le fait que, dès sa première apparition, Michael Connelly lui construit une personnalité complexe aux racines profondes, une personnalité qu'il développe un peu plus à chaque roman depuis plus de vingt ans. Dans un avant-propos très intéressant, l'auteur explique d'où vient son personnage, né d'inspirations aussi éclectiques que le peintre Jérôme Bosch, la guerre du Vietnam ou encore le roman Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur d'Harper Lee. Plus qu'un simple flic accro à son idée de la justice, Harry Bosch est un personnage romanesque entier et humain, fait de multiples strates qui le rendent plus intéressant que la plupart des personnages de polar. C'est d'ailleurs pour cette raison que je l'aime.

Enfin, côté intrigue, Les égouts de Los Angeles n'a rien à envier aux grands polars. Pour un premier roman publié, Michael Connelly livre un scénario complexe aux imbrications multiples, à l'image des tunnels de la guerre du Vietnam et des égouts de Los Angeles qui y jouent un rôle à part entière. Le suspense et le rythme sont bien présents, dommage que certains éléments de l'intrigue se laissent deviner trop tôt.

Que vous soyez habitué aux polars ou non, vous avez tout intérêt à vous aventurer du côté d'Harry Bosch, que vous risquez vous aussi d'apprécier.

Les égouts de Los Angeles de Michael Connelly, traduit par Jean Esch, Le Livre de Poche, rééd. 2014, 568 pages