Devant le matraquage médiatique dont il a fait l'objet, c'est par curiosité que je me suis décidée, après plusieurs mois d'hésitation, à me lancer dans la lecture de Cinquante nuances de Grey. Hésitation qui aurait dû me mettre la puce à l'oreille : rarement une lecture aura été pour moi aussi pénible et dénuée d'intérêt.

Le grand amour commence par SM...
Quiconque a un tant soit peu écouté le bruit qui a accompagné la sortie du livre en connaît l'histoire : Anastasia Steele, naïve étudiante en littérature, fait la rencontre de Christian Grey, homme d'affaires richissime à l'ego surdimensionné. Ayant mis le grappin sur la jeune donzelle, Grey la harcèle jusqu'à ce que celle-ci accepte de partager avec lui ses fantasmes sado-masochistes...

J'ai certes un peu forcé le trait dans mon résumé de l'intrigue, mais pas tant que ça finalement. Parce que la première chose que je dois vous signaler, c'est que ce roman est dépourvu d'intrigue : les choses sont posées pratiquement dès le départ, et les 500 pages du bouquin consistent à enchaîner les scènes érotiques dans des lieux différents. Ah si, entre deux ébats, vous avez également droit aux épanchements coupables de la pauvre Ana, qui comprend qu'elle se fait rouler dans la farine par un pervers, ce qui ne l'empêche pourtant pas de se jeter à nouveau dans ses bras à la prochaine rencontre. 

Comprenez-moi bien : le sujet sado-masochiste en soi ne me dérange pas, mais encore faut-il que l'intrigue soit intéressante. D'ailleurs, les scènes érotiques qui pullulent dans ce livre ne sont pas si choquantes que l'on veut bien nous le faire croire : ouvrez n'importe quel roman contemporain (Blue Jay Way de Fabrice Colin, par exemple), et vous y trouverez des scènes plus réalistes et parfois plus dérangeantes. Ici, les scènes sont, à quelques détails près, toutes les mêmes, et l'on finit par vite s'ennuyer. Les personnages, creux, agaçants au possible et pas attachants pour deux sous, ne rattrapent malheureusement pas l'ensemble.

Enfin, la dernière chose que je déplore dans ce livre est le style : pauvre, redondant et vulgaire. Les répétitions y sont tellement nombreuses que vous pouvez prédire à l'avance quels mots seront utilisés pour décrire les (mêmes) situations : "Je me mordille la lèvre intérieure", "Oh mon dieu !", "Et maintenant, je vais vous baiser, Ana Steele". Et là, nous en venons au fait : est-il indispensable, dans un roman érotique, d'user d'un langage vulgaire pour éveiller le désir du lecteur ? Pire, quel est l'intérêt de placer, dans la bouche d'une jeune fille, qui plus est étudiante en littérature, des mots comme "merde" et "oh putain" à chaque page ? Je ne suis pas une adepte du langage châtié, ne vous méprenez pas, mais je me demande simplement ce que ces jurons apportent au récit !

Bref, vous l'aurez compris, cette lecture a été très pénible et n'a éveillé aucun fantasme chez moi. J'ai été atterrée par la stupidité de l'héroïne, l'antipathie dégagée par Grey et la pauvreté de l'écriture. Il semblerait que, sur les trois tomes de la trilogie, ce premier opus soit le moins bon : je n'exclus donc pas la possibilité de lire la suite un jour. Mais ce ne sera décidément pas pour maintenant, laissez-moi me remettre de cette mauvaise expérience d'abord.

Cinquante nuances de Grey, tome 1 de E.L. James, JC Lattès, 2012, 551 pages


Une enquête rondement menée, une intrigue surprenante, un Harry Bosch toujours aussi attachant… avec Volte-face, Michael Connelly est au sommet de son art, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Du côté de l’accusation 
Vingt-quatre ans après sa condamnation pour le meurtre d’une fillette de douze ans, Jason Jessup est relâché après qu’une analyse ADN semble le disculper. Mais le bureau du procureur de Los Angeles ne l’entend pas de cette oreille, et confie le dossier à Mickey Haller, habituellement avocat à la défense, dans le but de renvoyer Jessup en prison. Pour mener à bien cette affaire qui semble perdue d’avance, Haller impose son demi-frère, Harry Bosch, comme enquêteur et reprend le dossier depuis le début. 

Cette fois-ci, Harry Bosch partage la vedette avec son demi-frère, Mickey Haller, qui se retrouve narrateur. L’originalité de ce récit est qu’il comporte deux "pôles" : le procès, de la préparation au verdict d’une part, et l’enquête d’Harry Bosch qui lui est liée, d’autre part. Malgré quelques sous-entendus que l’on comprendra certainement mieux si l’on a lu les romans précédents de Connelly, les deux frères travaillent main dans la main pour gagner leur procès.

A mis chemin entre le polar et le thriller juridique, Volte-face est un roman diablement efficace, au suspense entier. Une fois l’intrigue mise en place, le récit se déroule de lui-même et vous assistez, comme si vous y étiez, au procès qui s’écrit sur les pages. Comme dans une bonne série judiciaire, vous êtes happé par l’intrigue et vous prenez le final en pleine face. Car Connelly, même après une vingtaine de romans mettant en scène Harry Bosch, parvient encore une fois à surprendre son lecteur, et c’est ce qui fait le succès de ses livres. 

Volte-face de Michael Connelly, Le Livre de Poche, 2013, 528 pages


Un univers tordu, une atmosphère pesante, des personnages errants dans une vie qui ne semble pas la leur... Blue Jay Way est un ovni littéraire à mi-chemin entre le thriller et le roman contemporain, où le style et le suspense règnent en maîtres. Un livre déroutant et surprenant.

L.A., antichambre de l'enfer
Jeune franco-américain en recherche d'identité, Julien devient le précepteur de Ryan, fils à la dérive d'une romancière à succès et de son ex-mari producteur à Hollywood. Il s'installe à Blue Jay Way, la somptueuse villa dans laquelle Ryan et ses amis mènent une existence dépravée et désœuvrée. Séduit par cette vie douceâtre et sans conséquences, Julien engage une relation avec Ashley, la nouvelle épouse du père de Ryan. Jusqu'à ce que sa disparition précipite le jeune homme dans un enfer brûlant où la réalité se mêle à la fiction.

Attendez-vous à être dérouté par ce roman qui mélange avec brio thriller, policier et réflexions philosophiques sur un monde moderne dans lequel il est de plus en plus dur de trouver sa place. Avec un suspense insoutenable, Fabrice Colin déploie une triple intrigue (l'histoire de Julien et deux intrigues secondaires qui n'ont, à première vue, rien en commun) de laquelle il est impossible de se détacher. Les personnages sont profonds, travaillés, et suscitent sympathie ou dégoût, mais ne laissent pas indifférent.

Ecrit dans un style pur et réaliste, parfois trash, Blue Jay Way met en scène une Los Angeles maléfique, à l'atmosphère lourde, une ville diabolique qui semble irréductiblement attirer ses habitants vers le vice. Les scènes de sexe violent, de soirées dissolues et l'oisiveté de la jeunesse dorée d'Hollywood constituent un clin d’œil insistant à l'œuvre de Bret Easton Ellis, la provocation en moins. 

S'il ne plaira certainement pas à tout le monde, Blue Jay Way est un excellent roman ultra contemporain dont le final vous mettra une claque en pleine figure.

Blue Jay Way de Fabrice Colin, Le Livre de Poche, 2013, 552 pages

Une lecture, un avis court, une note !
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J'ai gardé mon rythme de lecture tranquille au mois d'août avec 4 livres : 3 tops et un gros flop !



Blue Jay Way de Fabrice Colin
Dans un univers tordu à la Bret Easton Ellis, Blue Jay Way est un roman déroutant à la frontière entre le thriller et la littérature contemporaine, dont le dénouement vous mettra une claque en pleine figure.
Ma note : 15/20



Les écureuils de Central Park sont tristes de lundi de Katherine Pancol
Ce fut un réel plaisir de retrouver tous les personnages de cette trilogie fraîche et pleine de vie et je vous avoue avoir éprouvé un pincement au cœur en refermant ce livre. Si vous n'avez pas encore lu cette trilogie, lancez-vous !
Ma note : 18/20



Volte-face de Michael Connelly
Ah, Harry Bosch, je ne me lasse toujours pas de lui ! Encore une fois, Michael Connelly signe un roman addictifsavant mélange de thriller juridique et de polar terriblement efficace et diaboliquement plaisant.
Ma note : 17/20



Cinquantes nuances de Grey d'E.L. James
Après trois lectures excellentes, il fallait bien un gros flop ! J'ai lu ce roman par curiosité, pour me forger mon propre avis, indépendant de tout ce qui peut en être dit. Et le constat est accablant : si le thème ne m'a pas choquée en soi (et ce n'est d'ailleurs pas si choquant), je me suis ennuyée tout au long de la lecture. Les personnages creux et sans saveur, l'intrigue inexistante, la répétition des mêmes scènes tout au long du livre et le style médiocre ont eu raison de ma patience.
Ma note : 8/20


Et vous, qu'avez-vous lu ce mois-ci ?



D'une histoire qui pourrait être banale, Erin Kelly a écrit un thriller au suspense insoutenable. Sombre et puissant, L'arbre au poison est un petit bijou d'une poésie envoûtante.

L'amitié toxique
Brillante étudiante au Queen Charlotte's College à Londres, Karen a une vie bien rangée et un avenir déjà tout tracé. Jusqu'à ce qu'elle rencontre Biba, une actrice en herbe exubérante qui vit dans une gigantesque demeure délabrée avec son frère Rex. Aussitôt liée à Biba par une amitié hors du commun, Karen va vivre l'été le plus inoubliable de sa vie, avant que celle-ci ne bascule...

Dès les premières pages, il est évident qu'un drame s'est produit cet été-là et a changé la vie de tous les personnages. En alternant le récit au passé et au présent de la vie de Karen, l'auteur déroule peu à peu les faits sans longueurs ni ennui. Au fil des pages, l'univers s'opacifie, le suspense devient lourd et le roman envoûtant. L'histoire de Karen et son amitié avec Biba et Rex est aussi captivante et dangereuse qu'un arbre magnifique mais vénéneux.

Avec des mots légers mais lourds d'émotion, écrits d'une plume poétique, Erin Kelly met doucement en place un univers sombre et mélancolique, un monde ensorcelant mais menaçant, où une amitié extraordinaire n'a d'égale qu'une ingratitude insensée. En refermant ce livre, j'ai ressenti un douloureux sentiment de tristesse, mais je reste éblouie par la puissance qui émane de ce premier roman au timbre si particulier.

L'arbre au poison d'Erin Kelly, Le Livre de Poche, 2013, 473 pages


Berlin, 1944. La guerre tourne mal pour l'Allemagne et les nazis aux abois tentent de faire oublier leur passé trouble pour ne pas être faits prisonniers à la libération, tandis que les civils tentent tant bien que mal de survivre aux bombardements des Britanniques. Énième fiction sur fond de Seconde Guerre Mondiale, Deux dans Berlin se démarque avec brio par son intrigue originale dénuée de pathos et son style ultra-réaliste.

A la faveur d'un raid aérien, Ruprecht Haas, ancien commerçant dénoncé à la Gestapo, parvient à s'échapper du camp de Buchenwald et regagne Berlin pour se venger de ceux qui l'ont dénoncé. Parallèlement, Hans-Wilhelm Kalterer, officier SS blessé sur le front de l'est, est rapatrié à la capitale et reprend ses fonctions d'inspecteur de la police criminelle, où il enquête sur le meurtre d'un haut fonctionnaire nazi. Au milieu des bombardements s'engage une chasse à l'homme dont le dénouement ne peut être que tragique.

Dès les premières pages, on est plongé dans l'univers chaotique d'une Allemagne agonisant sous le poids des bombes alliées. Civil ou nazi, bon ou mauvais, chaque individu doit mener une lutte de tous les instants pour survivre au prochain bombardement, une journée de plus. Au centre de ce tableau, les deux protagonistes, Haas et Kalterer, évoluent tant bien que mal, guidés par leur quête de vengeance et de vérité. Au fil des chapitres, on en apprend plus sur le passé de ces deux hommes que tout semble opposer. Mais s'il est une chose à retenir de la guerre, c'est que si les nazis sont des sales types, les civils ne sont pas tous des enfants de chœur et chacun a, à un moment ou à un autre, sa responsabilité dans les déportations, la violence et l'horreur.

Avec un style très réaliste qui montre la guerre en gros plan, Richard Birkefeld et Göran Hachmeister signent là un roman original et très documenté. Malgré les scènes atroces, Deux dans Berlin est un livre passionnant qui propose, sans tomber dans le pathétique facile, une réflexion profonde sur la responsabilité de chacun dans la guerre.

Deux dans Berlin de Richard Birkefeld et Göran Hachmeister, Le Livre de Poche, 2013, 528 pages


Après avoir découvert et aimé Stephen King avec Dôme et Running Man, dans le but de me familiariser avec son (immense) oeuvre et sur les conseils appuyés de mon amie MademoizelleBreizh, je me suis plongée dans la lecture d'un de ses romans les plus célèbres : Misery, qui fut un véritable coup de cœur.

Le mal s'appelle Annie
Je vous avertis tout de go : en ouvrant Misery, attendez-vous à plonger dans un univers oppressant et terrifiant, dont vous vous souviendrez longtemps. Paul Sheldon, romancier à succès et créateur du personnage littéraire de Misery, pourrait vous en dire long. Victime d'un accident de voiture sur une route enneigée, il ne s'attendait pas à être recueilli par Annie, une petite femme à la santé mentale fragile qui se dit être son "admiratrice numéro un". Mais pour elle, Paul Sheldon a commis un acte pour lequel il doit payer : il a osé faire mourir la pauvre Misery. Commence alors un huis clos qui ressemble bien à l'enfer sur terre.

Déjà à la lecture de Dôme, j'avais été épatée par le talent de Stephen King pour décrire les pulsions humaines les plus viles. Ici, Annie se situe toujours au bord de la folie et le calvaire de Paul Sheldon ne semble jamais prendre fin. Sans jamais faire appel au fantastique, Stephen King parvient à mettre son lecteur dans un état de terreur absolument effrayante. Tout au long de ma lecture, je me suis répété une chose : je ne veux jamais, au grand jamais, me retrouver à la place de Paul Sheldon. Pour autant, cela ne m'a pas empêché d'engloutir les pages à une vitesse phénoménale.

Car c'est là que réside la force de Misery : le suspense y est insoutenable et la terreur éprouvée à la lecture intense, mais le récit est tellement addictif que l'on continue la lecture, les yeux mi-clos, dans l'attente d'un nouveau rebondissement qui nous fera frémir. Enfin, la profusion de détails qui rendent les scènes extrêmement réalistes et la description quasi psychiatrique des réactions des personnages contribuent grandement à la véracité du récit et à l'état psychologique quelque peu tendu du lecteur. Bref, on s'y croirait et pour m'avoir tant fait frissonner à la lecture : chapeau.

Misery de Stephen King, Le Livre de Poche, rééd. 2009, 391 pages

J'ai lu Misery dans le cadre du challenge Livra'Deux pour Pal'Addict avec MademoizelleBreizh.